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2 September 2026 • EditorialPublications

Cahiers de vacances

En France, l’été n’est pas seulement une saison, c’est une institution. Depuis les premiers congés payés de 1936, il constitue une parenthèse sociale, presque politique, durant laquelle le pays change de rythme. Les villes se vident, les littoraux se remplissent et les débats nationaux se déplacent des plateaux de télévision vers les terrasses de café. Longtemps, la France a donné l’impression de fermer pour cause d’inventaire entre le 14 juillet et le 15 août. Cette image s’estompe. L’économie ne s’arrête plus ; elle se déplace et se transforme.

La période estivale révèle, mieux que toute autre, ce que Lucien Febvre appelait, dans une formule reprise par Fernand Braudel, la diversité française. L’activité migre vers les côtes, les montagnes et les villes touristiques. Les hôtels, les restaurants, les transports, les commerces et les entreprises de loisirs prennent le relais des bureaux des grandes métropoles. Le tourisme est devenu un des poumons économiques du pays. En 2025, la France a accueilli 102 millions de visiteurs internationaux, contre 100 millions en 2024. Au total, 743 millions de nuitées ont été enregistrées dans les hébergements marchands et non marchands. Au premier trimestre 2026, les recettes liées au tourisme international ont encore progressé de 8 %, pour atteindre 15,6 milliards d’euros. À défaut de disposer d’un excédent industriel à l’allemande, la France peut compter sur ses paysages, son patrimoine, sa gastronomie et son art de vivre. Le soleil est aussi un produit d’exportation. Les incendies de forêt en Gironde ou à Fontainebleau en lien avec le réchauffement climatique pourraient altérer l’image touristique du pays et peser sur l’économie.

Un tourisme qui s’essoufflerait serait un mauvais signal pour l’économie française d’autant plus que la conjoncture demeure plus qu’incertaine. Après un recul de 0,1 % du produit intérieur brut au premier trimestre, la Banque de France estime que l’activité aurait progressé de 0,2 % au deuxième. Point positif, en juillet, le climat des affaires a gagné deux points pour atteindre 97, se rapprochant de sa moyenne de longue période. Dans l’industrie, l’indicateur s’établit même à 101. Les secteurs technologiques, la défense et, dans une moindre mesure, l’automobile contribuent à cette amélioration. La France ne connaît donc ni franche reprise ni véritable récession. Elle est sur une ligne de crète fragile.

L’inflation demeure une des grandes interrogations estivales. Le reflux du mois de juin avec un taux de 1,8 % sur un an, contre 2,4 % en mai constitue indéniablement une bonne nouvelle qui pourrait être remise en cause par la reprise des hostilités au Moyen Orient.

 Les ménages français, échaudés par la succession des crises, tardent toujours à desserrer les cordons de leur bourse. Au premier trimestre, leur consommation a reculé de 0,2 %, tandis que leur taux d’épargne a atteint 17,9 % du revenu disponible brut. Les Français préfèrent remplir leurs livrets quand l’État continue d’accroître sa dette. Cette dernière a atteint 3 536 milliards d’euros à la fin du premier trimestre, soit 117,5 % du PIB. En trois mois, elle a augmenté de près de 76 milliards d’euros. Cette dérive ne provoque pas encore de rupture brutale, mais elle réduit progressivement les marges de manœuvre du pays. La France vit avec une dette de temps de guerre tout en prétendant gérer ses finances comme en temps de paix. À défaut de choix clairs, elle reporte la facture sur les années suivantes.

Le véritable sujet n’est cependant pas celui de la croissance des prochains mois, mais celui de la croissance des prochaines années. Selon les principales institutions économiques, le potentiel de croissance de la France se situerait entre 0,9 et 1,2 % par an d’ici 2028. Ce niveau est insuffisant pour financer simultanément le vieillissement de la population, la transition énergétique, la défense, l’éducation et le désendettement. L’enjeu n’est donc plus seulement de soutenir la demande, mais d’accroître la productivité, de diffuser l’intelligence artificielle, de moderniser les entreprises et de favoriser l’émergence de nouveaux acteurs.

Sur ce terrain, la France conserve de solides atouts : un taux élevé d’épargne, des ingénieurs reconnus, des infrastructures de qualité, une énergie largement décarbonée et un tissu de PME qui ne demande souvent qu’à grandir. Encore faut-il relier cette épargne aux besoins de financement de l’économie productive. L’argent existe ; le temps long et la confiance sont plus rares.

Le non-coté trouve ici toute sa raison d’être. Là où les marchés financiers jugent une entreprise à chaque publication trimestrielle, l’investissement de long terme accompagne une transformation industrielle, commerciale ou numérique sur plusieurs années. Il permet de financer l’innovation, la croissance externe, la transmission ou l’internationalisation des entreprises. Il ne s’agit pas d’ignorer les risques, mais de donner aux dirigeants le capital et le temps nécessaires pour construire.

L’été nous rappelle que l’économie réelle obéit moins au bruit quotidien qu’au mouvement des saisons. Les marchés peuvent connaître des orages ; les entreprises continuent d’investir, de recruter et de préparer l’avenir. La France ne manque ni d’idées ni d’épargne. Elle manque surtout de constance. Or, en économie comme en agriculture, ce ne sont pas les effets d’annonce qui font les récoltes, mais la qualité des investissements et la patience avec laquelle ils sont menés.

Jean-Pierre Thomas

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