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12 October 2026 • Divers

Les démocraties face à leur avenir !

En Allemagne, en Espagne, au Royaume-Uni, aux États-Unis ou en France, les gouvernements sont confrontés à une défiance croissante. Les difficultés rencontrées par les populations sont, à bien des égards, semblables. La question du pouvoir d’achat, l’accès au logement, la dégradation des services publics, le financement des retraites ou encore les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle alimentent les frustrations. Partout, les citoyens demandent davantage de protection et de sécurité économique. Les gouvernements peinent à répondre à ces attentes, d’autant plus que leurs marges de manœuvre financières sont limitées. En France, la question de la dette publique ajoute une contrainte supplémentaire, avec l’accumulation de déficits depuis plus d’un demi-siècle.

Cette crise de confiance trouve une partie de ses origines dans l’affaiblissement de la croissance. Pendant plusieurs décennies, les démocraties occidentales ont reposé sur une promesse implicite, celle d’une amélioration continue des conditions de vie. Chaque génération pouvait espérer vivre mieux que la précédente. Les progrès techniques, l’augmentation de la population active et les gains de productivité permettaient une progression des revenus, tout en facilitant le financement de la protection sociale. Ce modèle est aujourd’hui remis en cause. La croissance est devenue plus faible et plus incertaine. Les gains de productivité se sont ralentis, tout particulièrement en Europe, tandis que le vieillissement démographique réduit les capacités d’expansion de la population active.

La situation est d’autant plus paradoxale que les innovations technologiques n’ont jamais été aussi nombreuses. L’intelligence artificielle, la robotique, les biotechnologies ou encore les nouvelles technologies énergétiques sont susceptibles de transformer en profondeur les systèmes de production. Pour le moment, leurs effets sur la productivité globale demeurent difficiles à mesurer. Dans le domaine du numérique, une part importante de la création de valeur est captée par un nombre limité de grandes entreprises, essentiellement américaines. L’économie mondiale connaît ainsi une concentration croissante de la puissance financière et technologique. Les gains tirés de l’innovation ne se diffusent pas nécessairement dans l’ensemble du tissu productif.

La faiblesse de la croissance contribue à transformer les arbitrages économiques en conflits de répartition. Les dépenses de santé et de retraite augmentent sous l’effet du vieillissement. Les besoins de financement liés à la transition énergétique, à la défense et à la transformation numérique s’accroissent également. Dans le même temps, les populations supportent de plus en plus difficilement les prélèvements obligatoires. Faute de ressources supplémentaires, les gouvernements sont condamnés à arbitrer entre des priorités toutes considérées comme essentielles. Cette situation nourrit les tensions politiques et la tentation du repli.

Pour sortir de cette impasse, la question de la croissance doit redevenir centrale. Or, celle-ci ne se décrète pas. Elle suppose de l’innovation, une amélioration de la formation, une augmentation de la productivité et, surtout, un effort soutenu d’investissement. Les économies occidentales doivent renouveler leurs infrastructures, moderniser leur appareil productif et développer de nouvelles activités. L’enjeu n’est pas simplement de soutenir la demande à court terme, mais de renforcer les capacités de production et de création de valeur. Dans ce domaine, l’Europe est confrontée à un défi majeur. Elle dispose d’une épargne abondante, de compétences scientifiques reconnues et d’entreprises innovantes. Elle éprouve néanmoins des difficultés à transformer ces atouts en croissance. La fragmentation de ses marchés financiers, les différences de réglementation et l’insuffisance des capitaux mobilisés pour accompagner les entreprises en forte croissance constituent autant de handicaps face aux États-Unis et à la Chine. Selon la Commission européenne, les besoins supplémentaires d’investissement de l’Union atteindraient désormais environ 1 200 milliards d’euros par an, notamment pour les technologies avancées, la transition énergétique, la défense et les biotechnologies.

La question n’est donc pas uniquement celle du volume de l’épargne disponible, mais également celle de son allocation. Les ménages européens détiennent près de 10 000 milliards d’euros sous forme de dépôts bancaires. Une partie de cette épargne pourrait contribuer davantage au financement des entreprises, sous réserve d’une rémunération adaptée aux risques et d’une protection satisfaisante des investisseurs. Le capital-investissement a vocation à jouer un rôle important dans cette transformation. Les entreprises ont besoin de capitaux à toutes les étapes de leur développement, de leur création jusqu’à leur transmission. Le financement bancaire demeure indispensable, mais il ne peut répondre à l’ensemble des besoins, en particulier pour les activités innovantes, dont les investissements sont souvent immatériels et les revenus différés. Le capital-risque, le capital-développement, le capital-transmission ou encore la dette privée peuvent contribuer à diversifier les sources de financement et à renforcer les fonds propres des entreprises.

Le non-coté occupe déjà une place significative dans l’économie européenne. Selon Invest Europe, les fonds de capital-investissement et de capital-risque ont levé 147 milliards d’euros en 2025 et investi 135 milliards d’euros dans les entreprises européennes. Les capitaux sous gestion atteignaient 1 367 milliards d’euros à la fin de cette même année. Ces montants témoignent du développement d’une industrie financière qui contribue au renouvellement du tissu productif. Ils restent néanmoins à apprécier au regard de l’ampleur des besoins d’investissement de l’Europe.

L’Europe doit également être capable de favoriser l’émergence d’entreprises susceptibles de rivaliser avec les grands groupes américains et chinois. Dans les secteurs de l’intelligence artificielle, des biotechnologies ou des technologies énergétiques, le passage de la recherche à l’industrialisation nécessite des moyens financiers considérables. Trop souvent, les entreprises européennes peinent à franchir les différentes étapes de leur croissance ou sont contraintes de rechercher des capitaux hors de l’Union.

Les démocraties occidentales souffrent autant d’un déficit de perspectives que d’un déficit de croissance. Les populations ont besoin de retrouver la conviction que les efforts consentis aujourd’hui permettront une amélioration de leurs conditions de vie demain. Sans cette perspective, la tentation des solutions simplistes et des replis nationaux continuera de progresser. L’Europe dispose des ressources humaines, scientifiques et financières nécessaires pour renouer avec une croissance plus soutenue. Encore faut-il qu’elle parvienne à les mobiliser efficacement.

Jean-Pierre Thomas

Président de Thomas Vendôme Investment

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