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Europe – Etats-Unis : l’ambiguïté d’une relation fondamentale 

L’histoire des relations entre les États-Unis et l’Europe est marquée par une constante : la méfiance : méfiance fondatrice, méfiance persistante, masquée par la constitution d’alliances. Une communauté de destin existe sans nul doute, mais elle n’est jamais exempte d’arrière-pensées comme le prouvent les dernières prises de position du Président Donald Trump vis-à-vis de l’Ukraine ou du Groenland.

Les États-Unis sont nés contre l’Europe, ou plus exactement contre l’une des principales puissances mondiales de l’époque, le Royaume-Uni, dont ils furent longtemps une colonie. Leur indépendance ne fut acquise qu’au terme d’une guerre à laquelle la France prit part, moins par idéalisme que par calcul stratégique : celui de l’affaiblissement de l’ennemi britannique. Dès l’origine, les États-Unis se sont construits dans la rupture, voire dans le ressentiment, vis-à-vis du Vieux Continent.

Le jeune État américain se développe ensuite en tournant le dos à l’Europe. Certes, il bénéficie d’importants flux migratoires européens, mais ces migrants ne viennent pas par fidélité culturelle ; ils fuient la pauvreté, les persécutions ou les interdits religieux. Juifs d’Europe centrale, protestants dissidents, minorités brimées : les États-Unis attirent ceux que l’Europe rejette.

Cette méfiance trouve une traduction politique précoce avec la doctrine Monroe : l’Amérique aux Américains, l’Europe priée de rester à distance. L’isolationnisme devient une matrice durable de la politique étrangère américaine. Même lorsque le monde bascule dans la Première Guerre mondiale, l’intervention des États-Unis demeure tardive, portée par le président Woodrow Wilson, davantage soucieux de refonder l’ordre international que de sauver l’Europe pour elle-même.

La Seconde Guerre mondiale confirme cette ambivalence. Franklin D. Roosevelt est convaincu très tôt de l’inéluctabilité du conflit et de l’entrée en guerre américaine, mais il doit composer avec une opinion publique profondément anti-interventionniste. À partir de 1945, la relation change de nature, mais non de logique. Les États-Unis deviennent ultradominants et s’érigent en protecteurs de l’Europe face à l’URSS. L’OTAN incarne cette alliance asymétrique : la sécurité en échange de l’alignement. L’Europe se reconstruit grâce aux capitaux américains, notamment avec le plan Marshall.

La chute du mur de Berlin ouvre une nouvelle séquence. Après 1990, les États-Unis se vivent comme la puissance unique, dans une phase d’hyper-hégémonie. L’Europe entend profiter des dividendes de la paix et réduit son effort de défense, comptant toujours sur le parapluie américain. Les États-Unis multiplient les interventions extérieures, dont certaines sans mandat international.

Les mandats de Donald Trump, et surtout le second, modifient en profondeur le cours des relations entre l’Europe et les États-Unis, même s’il convient de souligner que cette évolution transcende les seules alternances électorales américaines. Le président américain assume une politique protectionniste et privilégie le hard power au soft power. Les Européens ne sont plus considérés comme des alliés naturels, mais comme des partenaires placés sur un pied d’égalité, voire comme des concurrents.

Demain, l’alliance transatlantique entre dans une ère transactionnelle : une OTAN à la carte, conditionnée aux achats d’armes américaines et au soutien à l’action du Président. « Je te protège si tu payes » : la sécurité devient un service, non plus un engagement politique. Cette vision heurte l’idée européenne d’un partenariat fondé sur des valeurs partagées, mais elle s’inscrit dans une tradition américaine ancienne : celle de la primauté de l’intérêt national. L’affaire du Groenland s’inscrit dans cette logique du rapport du fort au faible et des intérêts particuliers. Donald Trump entend contrôler ce territoire jugé stratégique, estimant que l’Europe ne peut pas en assumer la défense.

Donald Trump raisonne de même sur le terrain économique. Il pratique un chantage permanent aux droits de douane, conscient que la croissance européenne dépend en partie de ses exportations vers les États-Unis. Il joue des divisions internes de l’Union européenne et ne se prive pas de soutenir des opposants aux gouvernements en place, récusant de fait le principe de non-ingérence.

La relation entre l’Europe et les États-Unis n’a jamais été simple ni naturelle. Elle est le produit de circonstances, de rapports de force et de malentendus durables. L’ignorer, c’est s’exposer à de cruelles désillusions. L’assumer, c’est peut-être la condition pour que l’Europe cesse d’être un objet de l’histoire américaine et renoue avec sa propre grandeur. Beau Challenge !

Jean-Pierre Thomas

Président de Thomas Vendôme Investment

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