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La tentation Zucman !   

La France se déchire autour de la taxe dite « Zucman », du nom d’un jeune économiste formé auprès de Thomas Piketty. Le principe paraît simple : soumettre à un prélèvement annuel d’au moins 2 % tous les patrimoines dépassant 100 millions d’euros. Sur le papier, la mesure semble séduisante : à peine 1 800 personnes seraient concernées, pour un rendement évalué entre 15 et 25 milliards d’euros. De quoi faire rêver une opinion publique toujours sensible à la rhétorique du « faire payer les riches ».

Dans un pays où l’égalitarisme se confond trop souvent avec la jalousie sociale, la proposition de Gabriel Zucman ne pouvait que rencontrer un écho favorable. Mais derrière cette apparente évidence morale se cache une profonde erreur économique.

La France ne souffre pas d’un déficit de fiscalité, mais d’une « overdose ». Avec un taux de prélèvements obligatoires avoisinant 45 % du PIB — l’un des plus élevés du monde développé — notre pays figure déjà parmi les champions de la taxation du capital au sein de l’OCDE. La France a inventé l’ISF, puis l’IFI ; elle a multiplié les impôts de production, les droits de succession et de donation. Les impôts sur le capital représentent environ 10 % du PIB en France, contre 7,5 % en Allemagne et 3 % aux États-Unis ; un écart qui illustre déjà la singularité fiscale française. À force de surtaxer, elle finit par assécher.

La « taxe Zucman » s’inscrit dans cette logique pavlovienne : dès que les comptes publics virent au rouge, on songe d’abord à lever un nouvel impôt plutôt qu’à maîtriser la dépense. C’était déjà le cas en 1789 ; cela l’est encore aujourd’hui. Il est toujours plus simple, politiquement, de brandir la justice fiscale que de réduire un train de vie public hypertrophié.

Gabriel Zucman entend aussi taxer les biens professionnels, ce qui pose immédiatement la question de leur évaluation. La valorisation boursière d’une entreprise cotée varie sans qu’il y ait le moindre enrichissement réel pour l’actionnaire. Une hausse de 20 % du cours ne produit aucun gain tant qu’aucune action ne soit vendue ; inversement, personne ne compense les pertes lorsque le marché se retourne. Assimiler une fluctuation de valorisation à un revenu, c’est confondre patrimoine et liquidités.

Ajoutons que la valeur d’une entreprise dépend étroitement de la confiance qu’inspirent ses dirigeants. Si, par hypothèse, Bernard Arnault décidait de vendre brutalement toutes ses parts, la capitalisation de LVMH s’effondrerait aussitôt. La « taxe Zucman » repose sur une fiction : celle d’un patrimoine à rendement permanent, supposé supérieur à 2 % — l’économiste évoque même 6 %. Or, dans la réalité, les cycles d’activité, les phases de croissance, de redressement ou d’investissement exigent des capitaux patients et non fiscalement pressurés.

Une telle taxe reviendrait à pénaliser l’actionnariat stable, à freiner la réindustrialisation et à décourager l’investissement dans les secteurs d’avenir. Elle frapperait indistinctement les héritiers oisifs et les entrepreneurs innovants : ceux-là mêmes dont dépend la vitalité économique du pays.

Montrer du doigt ceux qui détiennent du capital est toujours plus facile que d’expliquer qu’ils constituent un rouage essentiel de la création de richesses, de l’emploi et du financement de l’innovation. Mettre en place une fiscalité d’exception, c’est faire exactement le contraire de ce qu’il faudrait. Le bon impôt est celui qui possède une assiette large et des taux faibles. Il doit être neutre sur le plan économique — tout le contraire de la taxe Zucman, qui, par ses effets, détruirait ou ferait fuir le capital.

La pédagogie économique n’a jamais la force émotionnelle de la dénonciation. Pourtant, c’est elle seule qui permet de comprendre qu’à trop vouloir corriger les inégalités par la taxation, on finit par détruire les conditions mêmes de la prospérité.

La « taxe Zucman » n’est pas un impôt sur la fortune ; c’est un impôt sur l’avenir. Et, comme souvent en France, la tentation de la facilité pourrait bien précipiter un nouveau déclin. À bon entendeur…

Jean-Pierre ThomasPrésident de Thomas Vendôme Investment

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