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L’épargne institutionnelle  au temps des ruptures

L’année 2026 s’ouvre dans un climat où le risque géopolitique n’est plus un paramètre périphérique des stratégies d’investissement, mais un déterminant central. Le retour de Donald Trump sur le devant de la scène politique américaine, et les initiatives qu’il porte en matière commerciale, stratégique et monétaire, contribuent à accentuer une tendance déjà à l’œuvre : la politisation croissante des flux économiques et financiers.

Remise en cause des alliances traditionnelles, usage assumé des droits de douane comme instrument de négociation, pression accrue sur les partenaires commerciaux et tentation d’une instrumentalisation du dollar à des fins de puissance : ces orientations s’inscrivent dans un mouvement de fond, le hard power prenant le pas sur le soft power. En tant que tel, parler de rupture serait une contrevérité : les États-Unis imposent leurs règles depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de manière plus ou moins directe. Avec Donald Trump, ce qui change, c’est la forme. Il ne se perd pas en fioritures. Autrefois, les coups pleuvaient derrière le rideau des négociations ; aujourd’hui, ils sont portés en public, le tout étant orchestré comme une émission de téléréalité.

Depuis une vingtaine d’années, la politique extérieure américaine fait preuve d’une grande stabilité : elle doit être au service des intérêts nationaux, comme en témoigne l’application de la règle d’extraterritorialité, dont plusieurs entreprises françaises ont été victimes.

Les différents présidents américains réclament que l’Europe prenne en charge sa défense. De même, depuis des années, les autorités américaines accusent la Chine et l’Europe de recourir à des pratiques protectionnistes tout en envahissant le marché intérieur américain. L’orientation actuelle de la politique américaine accélère ainsi la fragmentation de l’économie mondiale. Les logiques de blocs, les droits de douane et l’extension des régimes de sanctions redessinent la géographie des échanges.

Dans ce contexte, les allocations d’actifs deviennent plus complexes. Elles doivent intégrer la problématique douanière, les risques de crises politiques et internationales. Le risque pays, y compris dans les économies avancées, redevient un facteur clé. Cette évolution impose une approche plus sélective des expositions internationales et une vigilance accrue à l’égard des risques réglementaires et politiques.

La normalisation progressive de l’inflation ne marque pas un retour à l’environnement monétaire de la décennie 2010. La menace d’un regain inflationniste n’a pas disparu, en particulier aux États-Unis, avec la hausse des droits de douane. Par ailleurs, les pays avancés font face à des besoins d’investissement massifs en matière de défense et de transition énergétique, au moment même où les déficits publics sont élevés, notamment sous l’effet du vieillissement démographique.

Les politiques monétaires évoluent dans un espace contraint, prises entre la nécessité de contenir l’inflation et celle de préserver la soutenabilité des dettes publiques. La volatilité des taux d’intérêt, en particulier sur les maturités longues, constitue désormais une caractéristique structurelle. Pour les investisseurs institutionnels, le risque de duration et le risque souverain exigent une gestion active et différenciée.

Dans ce nouvel environnement, les actifs obligataires retrouvent une fonction de stabilisation, sous réserve d’une analyse rigoureuse des signatures de crédit et des trajectoires budgétaires. La dette souveraine ne peut plus être considérée comme homogène ni systématiquement sans risque. Les marchés actions doivent être abordés avec une sélectivité accrue, en privilégiant les entreprises disposant de marges solides, d’un pouvoir de fixation des prix et d’une capacité démontrée à opérer dans un environnement réglementaire et géopolitique dégradé. L’engouement pour l’intelligence artificielle a conduit à des valorisations probablement excessives. Les investisseurs se détournent ainsi des entreprises technologiques américaines au profit de celles du Japon ou de la Corée du Sud, jugées moins surcotées.

Les actifs réels et non cotés — infrastructures, dette privée, immobilier stratégique, capital-investissement — s’imposent comme des composantes structurantes des portefeuilles de long terme. Ils offrent des primes d’illiquidité redevenues attractives, à condition d’une gouvernance rigoureuse et d’une maîtrise renforcée des risques opérationnels.

L’année 2026 ne sera pas celle de ruptures spectaculaires, mais celle de choix structurants. Dans un environnement où le risque est devenu simultanément politique, financier et systémique, la qualité de l’ingénierie d’investissement, la clarté des allocations et la capacité d’anticipation constituent des avantages déterminants.

Jean-Pierre Thomas

Président de Thomas Vendôme Investment

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