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2 September 2026 • EditorialPublications

Miracles tardifs !

En cette fin d’été marquée par une série de canicules ayant mis à mal nos forêts et pesé sur notre économie, j’ai été surpris par la conversion de certains responsables de gauche aux fonds de pension. Pendant des années, ils ont combattu la retraite par capitalisation, accusée de placer les marchés financiers au cœur de la protection sociale. Pour être juste, les responsables de droite n’étaient guère plus nombreux à soutenir le développement d’un véritable complément d’épargne retraite.

Lorsque j’étais député, entre 1993 et 1997, et que je fus l’auteur de la première grande loi consacrée à la capitalisation, j’ai dû faire face à l’hostilité de nombreux collègues, à droite comme à gauche. Près de trente ans plus tard, les lignes bougent enfin.

L’opposition entre répartition et capitalisation était largement artificielle et idéologique. Les deux systèmes sont avant tout complémentaires. La répartition repose sur une solidarité intergénérationnelle immédiate : les cotisations des actifs financent les pensions des retraités. La capitalisation obéit à une logique différente, plus économique, qui n’interdit nullement la solidarité ou la justice sociale. Les cotisations permettent d’acquérir des actifs financiers ou immobiliers, dans le respect de règles prudentielles précises, afin de financer ultérieurement des pensions.

Ces compléments peuvent être organisés individuellement ou collectivement, notamment dans le cadre de l’entreprise et sous le contrôle des partenaires sociaux. Les modalités de cotisation comme les règles de calcul des prestations peuvent intégrer, à l’image de la répartition, des mécanismes de solidarité.

La capitalisation offre surtout la possibilité de bénéficier des fruits de la croissance mondiale. Elle permet de diversifier les sources de financement des retraites et de les rendre moins dépendantes de la seule évolution du nombre d’actifs français. À l’heure où la population active pourrait diminuer dans les prochaines années, cette ouverture sur le monde est loin d’être inutile.

Elle présente également un deuxième avantage : elle contribue au financement en fonds propres des entreprises. Or ce financement est indispensable à l’investissement, à l’innovation et à la prise de risque, en particulier dans les secteurs de haute technologie. La question des retraites rejoint ainsi celle, tout aussi stratégique, du financement de l’économie européenne.

Je ne peux que regretter le caractère tardif de cette conversion. Si la loi adoptée en 1997 avait été pleinement mise en œuvre et prolongée au cours des décennies suivantes, les fonds d’épargne retraite français auraient pu aujourd’hui représenter plusieurs centaines de milliards d’euros, voire approcher 800 milliards. Ils contribueraient au financement de l’économie européenne tout en procurant aux retraités des revenus complémentaires. Les arbitrages auxquels sont confrontés les régimes par répartition en seraient sans doute moins difficiles.

Mais il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé. Il faut désormais s’atteler au développement de véritables fonds de pension accessibles à toutes et à tous. Un accord national interprofessionnel pourrait constituer une première étape, sur le modèle de ce qui a été réalisé pour la complémentaire santé. Il serait également possible d’imaginer que chaque actif dispose automatiquement d’un compte d’épargne retraite, sur le modèle du compte personnel de formation. Ce compte pourrait être alimenté individuellement, par l’entreprise ou dans le cadre d’accords collectifs.

La France peut également regarder ce qui se fait chez plusieurs de ses voisins européens, notamment en Allemagne, où le renforcement de la capitalisation est désormais envisagé à la fois comme une réponse au vieillissement démographique et comme un moyen de mobiliser davantage de capitaux au service de l’économie.

Il n’est évidemment pas question de déshabiller Jacques pour habiller Paul. La capitalisation n’a pas vocation à remplacer la répartition, pas plus que cette dernière ne peut prétendre répondre seule à tous les défis du vieillissement. Il faut organiser leur complémentarité et garantir à tous les actifs un égal accès à l’épargne retraite.

Après trente années de débats idéologiques, le temps du choix entre répartition et capitalisation devrait donc être révolu. Le véritable choix est désormais entre subir le vieillissement démographique ou se donner les moyens de le financer. Les miracles sont parfois tardifs ; encore faut-il savoir en profiter.

Jean-Pierre Thomas

Président de Thomas Vendôme Investment

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