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Economie : au-delà des clichés !

La France entretient depuis longtemps une relation complexe avec l’économie. Les inquiétudes y occupent souvent davantage de place que les réussites, tandis que les difficultés du moment éclipsent fréquemment les tendances de fond. Cette disposition n’est pas propre à notre époque. Elle prend cependant une dimension particulière dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les déséquilibres budgétaires et les profondes transformations de l’économie mondiale. Cette situation favorise un travers récurrent : la confusion entre les symptômes et les causes. Les débats publics se concentrent sur les manifestations immédiates des problèmes quand leurs origines profondes demeurent insuffisamment analysées. Cette approche nourrit les inquiétudes, favorise la recherche de responsables désignés et conduit souvent à privilégier des solutions de circonstance plutôt que des réponses durables.

L’inflation en fournit une première illustration. L’annonce d’une hausse des prix de 2,4 % en mai a suscité de nombreux commentaires alarmistes. Certains y ont vu le signe d’un retour durable de la spirale inflationniste. Une analyse plus attentive conduit pourtant à relativiser cette interprétation. L’augmentation reste limitée et la France demeure l’un des pays européens où l’inflation est la plus faible. Certes, les tensions au Moyen-Orient et les perturbations du trafic maritime ont entraîné une remontée des prix de l’énergie. Mais la transmission de ces hausses à l’ensemble de l’économie reste progressive. La situation mérite d’être surveillée ; elle ne justifie pas les scénarios catastrophistes qui accompagnent parfois chaque publication statistique.

La question du pouvoir d’achat fait l’objet du même type de raccourci. La faiblesse de la consommation est souvent présentée comme la conséquence d’une diminution des revenus réels des ménages. Les chiffres racontent une histoire différente. Selon l’INSEE, le pouvoir d’achat est resté globalement stable au premier trimestre. Le véritable phénomène réside dans la montée de l’épargne de précaution. Les ménages consacrent près de 18 % de leur revenu disponible brut à l’épargne, dont environ 9 % à l’épargne financière. Face aux incertitudes économiques, budgétaires et géopolitiques, ils choisissent de différer une partie de leurs dépenses. Le ralentissement de la consommation traduit davantage un manque de confiance dans l’avenir qu’une dégradation brutale des revenus.

Cette prudence n’est pas irrationnelle. La remontée des prix des carburants pèse directement sur de nombreux ménages. Entre la fin février et la fin mai, le coût d’un plein a sensiblement augmenté. Les Français qui dépendent quotidiennement de leur véhicule en subissent les conséquences. Mais là encore, la hausse des prix de l’énergie ne constitue qu’une partie de l’explication. L’incertitude joue un rôle au moins aussi important que la contrainte budgétaire.

Le logement offre sans doute l’exemple le plus révélateur de cette confusion entre causes et conséquences. Depuis plusieurs années, l’opinion publique attribue une large part des difficultés des ménages à l’augmentation des loyers. Pourtant, les loyers ont progressé moins rapidement que l’inflation et que les revenus. La véritable fracture se situe ailleurs : elle concerne l’accès à la propriété. En un quart de siècle, les prix des logements ont augmenté à un rythme sans commune mesure avec celui des revenus. Là où un ménage devait consacrer l’équivalent de trois années et demie de revenu pour acquérir un logement au début des années 2000, il lui en faut désormais près de cinq. La difficulté majeure ne réside donc pas dans l’occupation du logement mais dans son acquisition.

Cette évolution est souvent imputée à la remontée récente des taux d’intérêt. Là encore, l’explication apparaît incomplète. Les taux actuels demeurent proches de ceux observés avant la longue parenthèse des taux nuls. Le véritable phénomène réside dans l’envolée des prix immobiliers alimentée pendant plus d’une décennie par l’abondance du crédit et les politiques monétaires exceptionnelles mises en œuvre par les banques centrales. À cette dimension financière s’ajoute une cause plus profonde encore : l’insuffisance chronique de la construction de logements.

Depuis plusieurs années, la France souffre d’une raréfaction de l’offre. Les contraintes réglementaires se sont accumulées. Les délais d’obtention des permis de construire se sont allongés. Les recours contentieux se sont multipliés. Les oppositions locales aux nouveaux projets sont devenues plus fréquentes. Lorsque l’offre progresse moins vite que les besoins, la hausse des prix devient inévitable. Les difficultés actuelles du marché immobilier trouvent leur origine dans ces déséquilibres structurels bien davantage que dans la seule remontée des taux.

Cette tendance à privilégier les explications immédiates se retrouve également dans le débat sur les finances publiques. Les déficits sont régulièrement analysés comme la conséquence d’une mauvaise gestion ou d’erreurs ponctuelles. Une telle lecture ne permet pas de comprendre leur caractère récurrent.

Les déficits traduisent aussi des choix collectifs. Les Français demeurent attachés à un haut niveau de protection sociale, à des services publics étendus et à un système de retraite plus généreux que dans de nombreux pays comparables. Plus des deux tiers d’entre eux souhaitent continuer à quitter le marché du travail avant l’âge observé dans la plupart des grands pays développés. Ces préférences sont parfaitement légitimes. Elles impliquent cependant un niveau élevé de dépenses publiques et nécessitent des arbitrages qui sont rarement explicitement assumés.

Le débat public préfère souvent dénoncer les conséquences plutôt que discuter des choix qui les produisent. Cette situation favorise le développement de solutions simplistes et la désignation régulière de boucs émissaires. Or les grands déséquilibres économiques ne disparaissent jamais sous l’effet des slogans.

La France est confrontée à des défis importants. Le vieillissement démographique, le ralentissement de la productivité, l’endettement public ou les tensions sur le logement constituent des sujets majeurs. Les ignorer serait une erreur. Les interpréter de manière superficielle le serait tout autant. Le risque principal n’est peut-être pas celui du déclin économique. Il réside davantage dans notre capacité collective à mal identifier les causes réelles des difficultés auxquelles le pays est confronté. Une nation qui se trompe de diagnostic finit souvent par adopter les mauvais remèdes.

La France dispose pourtant d’atouts considérables. Elle demeure l’une des premières destinations mondiales pour les investissements internationaux. Son industrie conserve des positions fortes dans de nombreux secteurs stratégiques. Ses entreprises du luxe, de l’énergie, des services financiers, de l’aéronautique ou des nouvelles technologies continuent de rayonner à l’échelle mondiale. Son potentiel d’innovation demeure l’un des plus importants d’Europe.

Jean-Pierre Thomas – Président de Thomas Vendôme Investment

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