Loi Thomas
Dangereuse myopie
Crise démographique, crise écologique, crise énergétique, crise géopolitique, crise de l’endettement souverain : la barque est pleine pour la France en cette fin d’année 2026.
Jamais, certainement, depuis 1958, voire 1945, le pays n’a été confronté à un nombre aussi important d’épreuves. La population, fatiguée par la litanie des chocs, par l’érosion du pouvoir d’achat et par l’absence de perspectives, hésite entre résignation et colère. Si elle est consciente des problèmes, elle récuse toute solution. Fragmentée comme jamais, tout consensus semble lui être étranger, que ce soit sur les retraites, la santé ou, plus globalement, sur le rééquilibrage des finances publiques. L’assainissement de ces dernières est tout à la fois une antienne et un mirage. Ce problème est récurrent depuis une vingtaine d’années, mais sa résolution est toujours renvoyée à demain.
Nul ne croit en la capacité des gouvernements à réduire les déficits. Certains estiment que la meilleure solution est de précipiter la crise afin de s’en remettre au FMI ou à la Commission européenne, honnie par ailleurs. D’autres, fidèles adeptes de la politique de l’autruche, considèrent qu’il suffit de repousser un peu plus loin le boulet de la dette car, de toute façon, les investisseurs ne pourront pas supporter la chute de la maison France. C’est bien connu : « too big to fail ».
Dans cette affaire, le plus surprenant est l’absence de vision de la part des responsables publics. Le seul message, devenu au fil du temps inaudible, est celui du retour à 3 % de déficit public. Comment croire qu’en 2029 la France respectera cet engagement quand, en 2026, le déficit public, initialement prévu à 4,9 %, atteindra 5,4 % ?
Depuis l’épidémie de Covid, la France est l’un des rares pays à ne pas avoir réussi à maîtriser ses finances publiques. Comment pourra-t-elle y parvenir en deux ans sans changer de paradigme ? Les problèmes de la France ne sont pas conjoncturels, mais structurels. Ce n’est pas en jouant sur quelques taxes et quelques dépenses que les comptes se rétabliront. Le mal est bien plus profond. Le pays ne produit pas assez tout en s’offrant un système d’État-providence haut de gamme.
Contrairement à quelques idées reçues, le coût du travail n’est pas le facteur explicatif de cette sous-production. Il est assez proche de celui de l’Allemagne et des États d’Europe du Nord. Non, ce sont les entraves à la production, à la concurrence et à l’initiative, ainsi que le niveau de formation, qui sont en cause. C’est surtout le regard porté sur l’économie. La réussite professionnelle reste suspecte en France. La jalousie demeure forte. Les bons élèves sont souvent l’objet de brimades à l’école. Plus tard, dans l’entreprise, les positions de rente l’emportent encore trop souvent sur le talent. Pour renouer avec la croissance, la France se doit de changer de logiciel et de croire davantage dans l’économie, en mettant l’accent sur l’innovation et la productivité.
Jean-Pierre Thomas
Président de Thomas Vendôme Investment