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La France face aux épreuves !

Depuis le début du mois de juillet, les incendies se succèdent et dévastent une partie des massifs forestiers français. Les premières fumées étaient à peine visibles que le procès de l’État avait déjà commencé. Comme à chaque catastrophe, les mêmes accusations ont ressurgi : imprévoyance, insuffisance des moyens, lenteur des décisions, défaillance de l’organisation. Des responsables sont désignés avant même que les flammes soient maîtrisées. L’exécutif se retrouve ainsi sommé d’être partout, tout le temps, tout en étant accusé de n’être jamais là où il le faudrait.

La gravité de la situation ne saurait pourtant être relativisée. Depuis le début de la saison, 13 550 feux de végétation ont été recensés et plus de 116 000 hectares ont été parcourus par les flammes. En 2022, année déjà qualifiée d’exceptionnelle, un peu plus de 70 000 hectares avaient brûlé. En quelques jours, les incendies de Saumos et du bassin d’Arcachon ont, à eux seuls, ravagé 42 000 hectares. Plus de 220 000 personnes ont été évacuées, dont 50 000 durant la seule nuit du 25 au 26 juillet. En temps de paix, la France avait rarement eu à organiser un déplacement de population d’une telle ampleur. L’équivalent de la population de Lille a ainsi été mis à l’abri, au cœur de la saison touristique, sans panique générale ni mouvement de foule. Les habitants comme les vacanciers ont, dans leur immense majorité, respecté les consignes et fait preuve de sang-froid. Malgré la mort tragique de deux pompiers, aucun civil n’a perdu la vie. Ce bilan ne doit rien à la chance. Il résulte de la mobilisation de milliers de professionnels et de bénévoles ainsi que d’une coordination efficace entre l’État, les collectivités territoriales et les services de secours. En Gironde, plus de 2 500 sapeurs-pompiers, 1 500 militaires, 1 200 policiers et gendarmes ainsi que 450 bénévoles ont été engagés. Sous l’autorité du préfet, en lien avec le ministère de l’Intérieur et les élus locaux, ils ont assuré simultanément la lutte contre les flammes, l’évacuation des zones menacées, la sécurisation des habitations et l’accueil des personnes déplacées. Dix-huit appareils ont également participé aux opérations. Depuis le début de la saison, les avions bombardiers d’eau ont réalisé plus de 5 300 largages et les hélicoptères près de 6 500. Face à l’intensité des incendies, la France a activé le mécanisme européen de protection civile. Des avions slovaques, tchèques, croates, portugais et suédois sont venus renforcer le dispositif national. Pour la première fois, un A400M doté d’un kit permettant le largage de retardant a également été engagé. Son utilisation n’a pas manqué de provoquer une controverse, les uns dénonçant l’improvisation, les autres une prise de risque excessive. Certes, l’appareil demeure employé dans un cadre expérimental. Il avait néanmoins fait l’objet d’essais concluants, notamment en Espagne en 2025. Capable de larguer jusqu’à 20 tonnes de retardant au cours d’une seule rotation, soit l’équivalent de deux Dash, il constitue un outil potentiellement précieux face à des feux de très grande ampleur. En situation d’urgence, ne rien tenter aurait sans doute été jugé tout aussi sévèrement.

L’efficacité du dispositif ne signifie évidemment pas que tout aurait été parfait. Le vieillissement des Canadair, les délais pris dans le renouvellement de la flotte, l’entretien insuffisant de certains massifs, le respect inégal des obligations de débroussaillement et la préparation des territoires au changement climatique devront faire l’objet d’un retour d’expérience rigoureux. Cet examen devra associer l’État, les collectivités territoriales, les services de secours, les propriétaires forestiers et les populations concernées. Avec douze Canadair, huit Dash, douze hélicoptères bombardiers d’eau et six Air Tractor, la France possède déjà des capacités aériennes importantes. Elles devront néanmoins être adaptées à la nouvelle géographie du risque. Longtemps concentrés sur le pourtour méditerranéen et le Sud-Ouest, les incendies gagnent désormais des régions jusque-là relativement préservées. Leur fréquence augmente, leur intensité s’accroît et la durée de la saison des feux s’allonge. Le renforcement de la flotte sera nécessaire, mais il ne suffira pas. La surveillance des massifs, l’aménagement des espaces forestiers, le débroussaillement, la formation des élus locaux et la préparation des communes peu habituées à ce type de catastrophe seront tout aussi déterminants.

L’évaluation des politiques publiques est indispensable. Elle ne doit cependant pas se transformer en procès permanent pour incompétence. Neuf départs de feu sur dix sont liés à l’activité humaine et plus de la moitié trouvent leur origine dans une imprudence ou un comportement dangereux. Aucun gouvernement, quelle que soit sa détermination, ne pourra poster un pompier derrière chaque promeneur, chaque automobiliste, chaque campeur ou chaque propriétaire. Les pouvoirs publics peuvent informer, réglementer, contrôler et intervenir. Ils ne peuvent abolir le danger ni se substituer à la responsabilité individuelle.

Les incendies révèlent ainsi l’un des travers les plus persistants du débat français, que l’on retrouve également dans le domaine économique. Toute difficulté devient la confirmation d’un déclin annoncé ; toute crise, la démonstration de la faillite des institutions. Une usine ferme et la politique industrielle est déclarée inexistante. La croissance ralentit et le modèle économique français est aussitôt donné pour mort. Un train arrive en retard et le service public tout entier serait à l’abandon. Le déficit et la dette augmentent, preuve supposée d’une incurie générale. Les réussites, elles, ne mériteraient aucun commentaire : elles iraient de soi. Les échecs, en revanche, seraient toujours structurels.

Les Français entretiennent, dans ce domaine, un rapport paradoxal avec la puissance publique. Ils lui demandent d’anticiper toutes les catastrophes, d’en neutraliser les effets et d’indemniser immédiatement les victimes, tout en dénonçant l’accumulation des normes et l’emprise excessive de l’administration. Ils souhaitent une protection absolue, mais acceptent difficilement les contraintes et les dépenses qu’elle suppose. Ils condamnent l’inaction autant que les réformes. Ils réclament des économies budgétaires, à la condition d’en être personnellement dispensés. Or, le risque zéro n’existe pas. S’il existait, son coût serait si élevé qu’aucune société ne pourrait l’assumer.

La solidité d’un pays ne se juge pas à sa faculté d’échapper à toute catastrophe. Elle se mesure à sa capacité à protéger les populations, à limiter les dommages, à mobiliser rapidement ses moyens et à apprendre de l’épreuve. Elle repose également sur l’aptitude de chacun à faire preuve de responsabilité et de mesure lorsque survient l’adversité. Face au feu comme face aux crises économiques, l’État doit agir, prévoir et rendre des comptes. Il ne peut toutefois pas tout. C’est moins le signe de son impuissance que la condition même d’une société adulte et libre.

Jean-Pierre Thomas

Président de Thomas Vendôme Investment

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